Billet d’opinion : en choisissant de tourner le dos au format physique, PlayStation continue, à l’aube de la PS6, de précipiter l’industrie du jeu vidéo vers une crise sans précédent.
C’est l’actualité brûlante du moment. À une époque où de plus en plus de questions se posent quant au sujet de la préservation de notre patrimoine vidéoludique, PlayStation décide subitement de mettre un énorme coup de pied dans la fourmilière pour prendre une décision on ne peut plus radicale : mettre à mort le marché physique au sein de son écosystème. Oui, à compter de janvier 2028, les possesseurs de la PS5 et de la future PS6 pourront définitivement faire leurs adieux aux belles boîtes accompagnant leurs jeux, qui embrasseront désormais pleinement l’ère du numérique. Et l’on avait beau avoir conscience que cela finirait tôt ou tard par arriver, cela ne rend pas cette nouvelle moins révoltante pour autant.
Car ne nous mentons pas non plus, aussi étourdissante soit-elle, on ne peut pas dire qu’on ne l’avait pas vue venir. Après tout, dès lors que PlayStation a décidé de commercialiser une version entièrement numérique de sa PS5 en 2020, il s’agissait déjà d’un premier signe que le changement était en marche. Ajoutez à cela un marché physique qui s’effondre toujours plus depuis des années, un écosystème PC déjà entièrement passé au numérique et enfin un Xbox sur la pente descendante en la matière, et cela devenait de plus en plus inéluctable. Mais au risque de passer pour le vieux con de service en disant ça : je me refuse à soutenir PlayStation dans cette décision, qui ne représente qu’un pas de plus dans la crise majeure qui touche l’industrie.
PlayStation met à mort le marché de l’occasion
Oui, je sais : les chiffres ne me donnent pas forcément raison. En tout cas, pas pour ce qui concerne PlayStation, qui enregistre avec la PS5 la génération la plus profitable de son histoire. Mais je ne suis pas un actionnaire. Je ne suis pas un homme d’affaires. Je suis un simple joueur comme les autres, qui voit le monde du jeu vidéo à travers un regard passionné, au-delà même du chiffre d’affaires qu’il représente. Parce que le jeu vidéo est peut-être un business voué à faire de l’argent, mais il est aussi beaucoup plus que cela. C’est une industrie artistique, une industrie humaine. Et c’est précisément lorsque l’on regarde au-delà du spectre de la rentabilité que l’on se rend compte qu’il traverse sans doute l’une des plus grosses crises de son histoire.

Une crise que PlayStation s’apprête aujourd’hui plus que jamais à consolider avec une telle décision, dont l’impact risque d’être colossal sur le plan humain. Car qui dit disparition du format physique dit également disparition du marché de l’occasion, et potentiellement à plus long terme des commerces spécialisés. Et quand on sait à quel point la vie, que dis-je, la survie est devenue difficile pour ces derniers, il est impossible d’accepter une telle décision à bras ouverts. D’autant plus quand on se trouve déjà l’aube d’un nouveau « bain de sang » du côté de chez Xbox, qui suit lui-même des dizaines de milliers de licenciements et autres fermetures de studios perpétrés en l’espace de quelques années seulement. L’industrie n’a vraiment pas besoin de ça.
Sans compter que cela pose énormément de questions pour tout ce qui touche aux prix. Personne ne pourra dire le contraire, plus le temps passe, et plus le jeu vidéo devient un divertissement de luxe que de moins en moins de personnes peuvent se permettre. Entre des PS5, des Xbox Series et des Nintendo Switch 2 qui n’ont cessé d’augmenter leurs prix depuis leur sortie, des Steam Machine et autres ROG Xbox Ally vendues à des prix indécents, ou encore des jeux qui s’approchent dangereusement de la barre des 100€ ; la situation devient tout simplement insoutenable pour beaucoup. Et à ce titre, le marché de l’occasion représente le dernier rempart avant la rupture pure et simple.
Sauf qu’en prenant une telle décision, PlayStation prive irrémédiablement toutes ces personnes de leur dernier moyen d’assouvir leur passion. À moins qu’en compensation, quelqu’un se décide enfin à se pencher sur la création d’une plateforme qui permettrait aux utilisateurs de revendre ou même échanger leurs jeux numériques s’ils le souhaitent. Mais à ce stade, cela semble malheureusement voué à rester une utopie. Et comme si cela ne suffisait pas, PlayStation risque au passage de priver des millions de possesseurs de jeux physiques de leur bibliothèque sur PS6 – si tant est, bien sûr, que la rétrocompatibilité soit toujours à l’ordre du jour d’ici là, en plus d’empêcher les joueurs de se prêter leurs jeux.
La dictature des prix
C’est qu’elle est déjà loin, l’époque où PlayStation se moquait des décisions de la Xbox One à l’aide d’une vidéo tuto montrant comment partager très simplement un jeu PS4 avec un autre joueur. Car j’en vois déjà certains venir sur ce point : oui, le partage de compte existe sur PS5. Mais ne soyons pas naïfs non plus. Comme Netflix, comme d’autres plateformes de SVOD depuis, PlayStation finira tôt ou tard par resserrer la vis. Et il y a une très bonne raison à cela : la maximisation de leurs profits. C’est d’ailleurs même précisément l’un des aspects les plus problématiques de la disparition du format physique. Car comme mentionné plus haut, on vit à une époque où même les jeux eux-mêmes tendent à devenir de plus en plus chers.
Aujourd’hui, le tarif de 79.99€ est devenu la norme, en particulier pour les productions PlayStation Studios, sur lesquelles la firme mise forcément beaucoup. Le problème, c’est qu’en coupant l’herbe sous le pied des revendeurs en quittant le marché physique, PlayStation coupe également l’herbe sous le pied des joueurs, qui ne pourront plus bénéficier des tarifs extrêmement avantageux proposés par les grandes enseignes. Résultat : Sony deviendra seul décideur des prix qu’il souhaite appliquer à ses produits via le PlayStation Store, ce qui réduit à néant toute autre alternative pour les plus petites bourses. En tout cas en dehors, bien sûr, des promotions que voudra bien appliquer l’éditeur durant les périodes de soldes.

Autant dire que cela ne fait vraiment pas rêver. Surtout que, rappelons-le également, PlayStation a visiblement commencé à faire des tests pour mettre en place un système de prix dynamiques qui, comme son nom l’indique, pourra être à l’origine d’une fluctuation de ces derniers selon les utilisateurs. En d’autres termes, pour des raisons qui nous échappent encore, vous pourriez bien être amenés à payer certains de vos jeux plus chers que vos amis, ou que d’autres joueurs dans le monde. Une pratique absolument scandaleuse, qui témoigne de tout le danger qu’on risque à laisser PlayStation prendre le contrôle absolu sur la tarification de ses jeux et services. En particulier à une époque où elle se sent bien trop souvent pousser des ailes.
Sur PS6, plus rien ne vous appartiendra
Terminons enfin avec un dernier aspect on ne peut plus important : la question de la possession des jeux. Même si des cas comme Concord, Anthem ou encore The Crew nous ont parfois prouvé le contraire, l’avantage du physique reste généralement que l’on possède pleinement tous les titres que l’on achète. En effet, qu’il y ait des problèmes avec le PlayStation Network ou que votre connexion internet vous fasse défaut, la plupart des jeux que vous possédez sur CD peuvent sans problème être lancés sur votre PS5 à tout moment. Chose qui ne sera plus forcément possible une fois l’ère du tout numérique arrivée, étant donné que les joueurs se retrouveront à la merci du bon vouloir de PlayStation à n’importe quel moment.

Les serveurs du PlayStation Network sont en panne ? Pas de jeu pour vous. Sony décide de bloquer l’accès à un titre en particulier ? Vous ne pourrez rien y faire. Sony décide du jour au lendemain de délister un jeu du PlayStation Store ? À moins que vous ne l’ayez déjà en votre possession, celui-ci disparaîtra à tout jamais dans les limbes du jeu vidéo. Et encore, cela reste dans le meilleur des cas. Car il n’y a pas plus tard que quelques jours, la firme annonçait la disparition pure et simple de plus de 500 films et programmes TV présents dans son catalogue, y compris pour les utilisateurs ayant payé pour les acquérir. Autant dire, donc, que nous ne sommes absolument pas à l’abri que la même chose se produise avec des jeux à l’avenir.
Et n’oublions pas non plus ce qui reste le plus grand fléau du format numérique : l’absence totale de filet de sécurité pour les joueurs. Piratage, bannissement, problèmes quelconques… Si pour X ou Y raison, vous en veniez un jour à perdre l’accès à votre compte PlayStation, c’est toute votre bibliothèque de jeux qui disparaîtra sous vos yeux d’une seconde à l’autre, sans même que vous ne puissiez y faire quoi que ce soit. Car de nombreux cas similaires se sont déjà produits par le passé, et malheureusement, l’issue n’a pas toujours été favorable pour les utilisateurs concernés. Ce qui est d’autant plus grave que dans certains cas, un événement aussi bête qu’un simple déménagement dans un nouveau pays a pu être à l’origine d’un tel problème.
J’ai mal à mon jeu vidéo
Je ne vais pas vous mentir, je n’aimais déjà pas cette neuvième génération de consoles, qui reste l’une des pires que l’industrie ait connue de son histoire. Entre ses hausses de prix permanentes, ses pratiques commerciales douteuses, ses fermetures de studios et ses licenciements à la pelle, ses coûts de production qui explosent, ses temps de développement qui s’éternisent au profit d’une course à la puissance, ses calendriers de sorties surchargés – voyez le mois de septembre qui nous attend ! –, l’arrivée de l’IA générative ou encore l’overdose de remakes et de remasters… Il n’y a pas à dire : ni PlayStation, ni Xbox ne m’auront fait rêver. C’est même plutôt le contraire, puisqu’il y a de quoi être écœuré par l’état dans lequel se trouve l’industrie.

C’est à se demander si l’un comme l’autre n’ont pas décidé de se lancer dans un défi pour savoir lequel des deux réussira à prendre les décisions les plus stupides ; le genre capable de précipiter toujours un peu plus chaque jour notre industrie vers une mort lente et douloureuse. Car je vais peut-être passer pour le pessimiste de service en disant ça, mais à ce rythme, je ne vois malheureusement pas d’autre issue. Au mieux, le jeu vidéo parviendra à se relever après avoir connu une crise sans précédent. Au pire… Je ne sais pas ce qui se produira, mais ce ne sera très certainement pas beau à voir. Dans tous les cas, l’avenir fait peur. Et à ce stade, mon impatience de voir la génération PS6 / Xbox Helix débuter ne pourrait pas être plus basse.
Ce billet d’humeur ne reflète que l’avis de son rédacteur, et n’engage aucunement le reste de la rédaction de Gameblog.